DES YEUX OUVERTS


Chapitre IX


« Quand je regarde Tes Cieux, ouvrage de Tes Mains,
La lune et les étoiles, que Tu as établies :
Qu'est-ce que l'homme, pour que Tu te souviennes de lui ?
Et le fils de l'homme, pour que Tu prennes garde à lui ? "
 Psaume 8, 4-5


« Que la mer retentisse avec tout ce qui la remplit,
Le monde et ceux qui l'habitent,
 Que les fleuves battent des mains,
Qu'ensemble les montagnes lancent des acclamations,
 Devant l'Éternel ! "
 Psaume 98, 7-9a


Les Hauts Faits de Dieu sont partout. L'ennui c'est que nous ne les voyons pas.
Voici une " révélation " très enfantine qui m'est venue un jour : peut-être qu'une des raisons pour lesquelles nous n'avons pas de Louanges à offrir à Dieu est que nous essayons de Le louer les yeux fermés. À quoi pouvons-nous penser quand tout est noir ? (Le plus souvent à rien d'autre que les quatre phrases...)
 
Mais quand nous ouvrons les yeux et que nous regardons autour de nous, nous trouvons toutes sortes de choses pour lesquelles louer le Seigneur.
 
Une fois, mon groupe de disciples et moi-même, nous partîmes pour une retraite dans une propriété située à deux heures de Buenos Aires, avec une très belle maison entourée d'un parc avec des pins, des fleurs et des oiseaux. Nous avons commencé à prier sous un pommier. C'était le mois de septembre, qui chez nous correspond au printemps.
 
La première personne se mit à prier
" Seigneur, nous venons à Toi aujourd'hui..."

et sa voix avait le même ton que celui qu'elle avait toujours dans le sous-sol de notre église au centre ville. Le deuxième fit de même.

Quand ce fut mon tour de prier, je dis
" Seigneur, nous avons fait pas mal de route pour venir jusqu'ici.
Si nous voulions le même genre de réunion de prière
 que nous avons d'habitude dans le sous-sol de l'église,
nous aurions pu aussi bien rester à Buenos Aires. "

À ce moment-là, j'ai ouvert les yeux. Le pommier était couvert de fleurs, et il y avait un petit oiseau perché au beau milieu.
 " Seigneur, ai-je continué,
ce que nous sommes bêtes de venir aussi loin jusqu'à ce beau parc
pour ensuite rester assis les yeux fermés.
Seigneur, ce pommier est tellement beau !
Ses fleurs sont magnifiques.
Regarde l'oiseau que tu as fait, Seigneur.
Il est ravissant, n'est-ce pas ? "


 Les autres frères ont commencé à ouvrir les yeux pour voir ce qui avait bien pu arriver à leur pasteur ! J'ai poursuivi.
 " Seigneur, vois ces roses.
Vois ces pins...
Maintenant je comprends pourquoi nous avons
manqué de mots nouveaux pour la louange.
Maintenant je comprends pourquoi David a tant
loué - Seigneur,
où donc est-il écrit dans la Bible que nous devions prier les yeux fermés ? "



En pensée, je fis un rapide survol de la Genèse à l’Apocalypse - je n'y trouvai aucune instruction dans ce sens. En fait, la Bible montre même le contraire ; le Psaume 121 dit

" Je lève les yeux vers les montagnes."

Jésus
 " ...leva les yeux au ciel "

au moment de commencer sa dernière grande prière Jean 17, 1. Encore une fois, notre tradition nous a mis en porte-à-faux avec la Bible.

 En tout cas, mes compagnons ouvrirent les yeux et bientôt se mirent à prier une deuxième fois.
 L'un s'exclama
 " Regardez le soleil !
N'est-il pas merveilleux ?
N'est-ce pas un miracle de Dieu ?

Père, Tu es formidable !
Tu fais les choses si parfaitement. "


 Nous partîmes faire le tour du parc. Nous sentions les roses et nous parlions de la merveilleuse Puissance de Dieu. Un jeune homme grimpa dans un arbre et se mit à s'exclamer
 " C'est magnifique, tout ce que je vois de cet arbre ! "
et il commença à énumérer.

Bientôt, nous étions tous montés dans les arbres (c'était une réunion de prière d'un genre tout à fait inhabituel), criant comme une volée de singes.
 " Regardez cette vache !
Regardez ce blé qui pousse par la Puissance de Dieu ! 
Regardez cet homme là-bas !
Et ce couple d'amoureux ! 
Dieu soit loué pour l'Amour ! "


 Enfin nous sommes redescendus, et bientôt quelqu'un lança,
 " Regardez cette herbe. "
 
" Oui, et alors ? "
fut ma remarque.
 " Ce n'est pas la première fois que vous voyez de l'herbe ! "

 " Non,
répondit-il,
mais maintenant je comprends que c'est le tapis
 que Dieu a façonné pour le monde entier.
Seigneur, soit loué pour Ton tapis ! "



Nous avons continué ainsi pendant quatre heures. Ce fut la réunion de prière la plus utile que nous avions jamais eue. Depuis ce jour nous avons prié les yeux ouverts, et nous sommes rentrés dans une toute nouvelle dimension de la louange.

Cela a bouleversé toute notre forme d'adoration pentecôtiste. Auparavant, nous avions toutes sortes de contorsions, de cris et de trémulations pendant nos réunions. Nos yeux étaient fermés, et nous en oubliions que les autres étaient présents. Maintenant tout cela est fini. Nous n'avons plus ces visages d'agonie que nous avions quand nous priions. Nous sommes conscients que d'autres nous regardent, alors nous présentons un visage agréable !

Nous avons même cessé de modifier notre voix et notre vocabulaire pour la prière. Tant de chrétiens, quand ils prient, ont une manière toute différente de s'exprimer, très emphatique et maniérée, avec de belles phrases fleuries. Pourquoi ? Parce qu'ils ferment les yeux et croient être entrés dans un autre monde.

Mais avec nos yeux ouverts, nous comprenons que nous devons vivre une seule et même vie, vingt-quatre heures par jour. Tout doit être fait en présence de Dieu ; Il est toujours là. Point n'est besoin d'affecter un langage spécial à Son intention.

Il nous fallut même changer la disposition des bancs dans notre église. Quand nous étions en rang, nous regardions toujours la nuque des autres. Désormais, nous voulions voir des visages. Alors nous avons disposé les bancs en arc de cercle, et notre communion est plus intense. Nous observons la personne qui loue le Seigneur et nous disons,
 " Merci, Seigneur, pour cet homme ! "

 Il est vrai que parfois nous avons besoin de fermer les yeux afin de regarder profondément en nous-mêmes. Mais quand nous louons Dieu, notre regard se porte vers l'extérieur et, en regardant autour de nous, nous trouvons bien plus de choses avec lesquelles remplir nos boites.

N'est-ce pas ce que faisait David ?
Il croise un berger sur la route et probablement s'arrête pour causer un brin.


" Bonjour !
Où amenez-vous ce troupeau ? "


Et le berger peut-être de répondre...

 " Au vert pâturage, près du cours d'eau tranquille, de l'autre côté de la colline. "

David étant un homme spirituel qui parlait la langue du Royaume, voit la Beauté de Dieu en cela. Poursuivant seul son chemin, il se dit :

" L'Éternel est mon berger:
Je ne manquerai de rien.
Il me fait reposer dans de verts pâturages,
Il me dirige près des eaux paisibles..."

 Psaume 23, 1- 2

Si, au lieu de David, cela avait été nous, chrétiens charnels, qui ayons rencontré le berger, nous serions certainement passés à côté de l'essentiel.
Nous aurions dit
 " Bonjour, berger.
Dites-
moi, combien de laine donne un mouton par saison ? "

  " Une douzaine de kilos ."

  " Ah !  Et on vous en donne combien le kilo ? "

  " Cinquante francs. "

  " Je vois
- alors vous pouvez tabler sur environ 600 F par mouton.
C'est rentable. "

Rien que du matérialisme.
Et pourtant nous continuons à aller à l'église pour chanter

" Alléluia ! Louons Dieu ! "

Et le Seigneur doit Se dire :
Hum !  Toujours la même rengaine !

David disait :
 " Chantez à l'Éternel un cantique nouveau ! "
Psaume 98, 1

S'il avait été comme certains compositeurs modernes, il aurait été intéressé par la vente de son recueil de chants.
" Chantez mes beaux cantiques de toujours ! "


Mais David désirait que chacun compose ses propres psaumes. Les psaumes ne sont pas limités à ce que l'on trouve entre le livre de Job et celui des Proverbes. Les psaumes sont la réaction spontanée de l'homme spirituel à n'importe quelle circonstance donnée. S'il nous arrive quelque chose de très mauvais (comme cela est souvent arrivé à David) notre réaction devrait être un psaume au Seigneur. Si nous recevons une bonne nouvelle, idem.

Paul dit aux Éphésiens (5, 19) que les personnes remplies de l'Esprit s'entretiennent les unes les autres par des psaumes. Ce ne sont pas nécessairement les Psaumes de David. Pour chanter les Psaumes de David point n'est besoin d'être rempli de l'Esprit - il suffit de savoir lire  ! Mais l'Esprit en nous peut nous inspirer des psaumes personnels.

Combien souvent nous chantons des louanges "empruntées". Nous utilisons les Psaumes de David, mais sans son état d'esprit. S'il était encore là, il viendrait probablement arracher le livre de nos mains, en disant

" Ne chantez pas comme ça !
Je n'ai pas écrit les Psaumes pour qu'on les chante en rêvassant.
Mon cœur était plein des choses que je racontais ;
c'était le débordement de l'élan de mon âme.
Mais vous, vous chantez tellement impassiblement
- on dirait que vous vous ennuyez ! "



Emprunter c'est bien, mais composer de nouveaux chants pour le Seigneur c'est mieux !

Vous souvenez-vous de ce qui s'est passé quand Marie alla rendre visite à Elisabeth ?
Quelle serait la conversation entre deux femmes enceintes dans notre église ?

" Cela vous fait combien de mois maintenant ? "

" Comment vous portez-vous ? "

" Vous espérez un garçon ou une fille ? "

"Avez-vous assez de layette ? "


Mais quand Marie rencontra Elisabeth, la salutation fut un psaume :

" Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni ! "
Luc 1, 42

Et comment Marie a-t-elle répondu ?
Par un psaume !

 " Mon âme exalte le Seigneur
et mon esprit a de l'allégresse en Dieu, mon Sauveur..."
verset 46 et suivants


Siméon était encore quelqu'un rempli de l'Esprit. Quand il vit l'Enfant, il ne dit pas
 " Qu'il est gentil - votre enfant a quel âge ? "

Non, il a dit
 " Maintenant, Maître, Tu laisses ton serviteur s'en aller en paix...
car mes yeux ont vu Ton salut..."

Luc 2, 29-30

Anne la prophétesse fit de même.

Pourquoi ceux qui sont remplis de l'Esprit n'auraient-ils pas un flot naturel de psaumes ?

Un jour, je me suis enfermé dans mon bureau et j'ai dit

 " Seigneur, aujourd'hui je vais te chanter un chant nouveau. "

J'ai pris ma guitare et j'ai commencé à jouer.

" Alléluia... alléluia... Gloire à Dieu..."


C'était plutôt maigre. J'ai pris conscience de ma pauvreté. Je n'avais rien au- delà des louanges empruntées à David, Marie et Charles Wesley.

Mais je m'y suis appliqué et avec le temps j'ai appris à dire à Dieu par des psaumes tout ce qu'Il représente pour moi. Bien souvent mes disciples et moi avons chanté de nouveaux chantsau Seigneur, nous parlant et nous répondant tour à tour.

Il y a quelques années, ma femme et mois avions fait un voyage d'un mois en Europe sans la famille. Quand enfin nous sommes arrivés à Rome, nous y avons trouvé toute une pile de lettres qui nous attendaient, de ma secrétaire, de ma mère et de nos enfants.

Naturellement, nous avons d'abord ouvert le courrier des enfants. L'aîné, qui avait six ans, avait écrit tous les mots qu'il connaissait : maman, papa, tonton, vache, cheval. Ce n'était pas une vraie lettre, mais c'était le mieux qu'il savait faire et nous étions ravis.

 " Regarde-moi ça ! "

nous disions-nous l'un à l'autre
" Qu'est-ce que c'est joli ! "


Le suivant, qui avait cinq ans, ne savait pas écrire, alors il avait fait un dessin d'un mariage, avec le mari et la mariée - et moi j'étais le pasteur.
 " Regarde donc ce qu'il a fait ! "

nous sommes-nous exclamés. Nous riions et nous exultions et nous avions terriblement envie de les revoir.

Puis nous sommes arrivés au petit bout de papier chiffonné du petit de trois ans. C'était un gribouillage!  Je me suis écrié
 " Oh ! regarde ça, chérie ! "

Ma femme a commencé à pleurer, et bientôt je pleurais moi aussi.

Le pasteur italien qui nous avait apporté le courrier est resté la bouche bée. Je lui mis les morceaux de papier devant les yeux.
 " Ne sont-ils pas merveilleux ? "

Pourquoi n'a-t-il pas réagi ?
Parce que ce n'était pas ses enfants. Mais pour ma femme et moi, c'étaient les morceaux de papier les plus précieux au monde. Nous les avons encore à la maison.

Laissez-moi vous encourager : Lancez-vous à chanter un chant nouveau pour le Seigneur - même si c'est un gribouillage. Il l'aimera encore plus que l' "Alléluia" du Messie de Haendel chanté par les chœurs les plus réputés. Mettez-vous à chanter. Faites passer l'état d'esprit de votre cœur dans de nouvelles paroles et une nouvelle musique. Racontez au Seigneur ce qui vous est arrivé aujourd'hui, ce que vous voyez autour de vous, tout ce qui vous montre Sa Puissance et Sa Gloire.

Dieu va faire une telle scène au ciel que les anges vont Le regarder aussi éberlués que le pasteur italien.

" Écoutez-moi ça ! "
s'écriera Dieu.

" Écoutez Juan Carlos avec sa guitare.
Hier tout ce qu'il chantait était 'Alléluia, Gloire à Dieu',
mais aujourd'hui il est en train d'ajouter d'autres paroles.
Écoutez ! "


L'orchestre et les chœurs philharmoniques des anges sont capables de faire bien mieux, mais Dieu dit

 " Je suis fatigué de tout cela.
 Laissez-moi écouter Jeannot gribouiller quelque chose. "

Remplissez vos boites vides de paroles nouvelles et de chants nouveaux !
 Louez-Le pour Ses Hauts Faits !

à suivre...

Mardi 3 novembre 2009
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